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Escargot

 

Bruxelles, 27 Novembre 2015 --- Je n’ai pas ma tête. Je n’ai plus ma tête.

Je me sens comme un escargot. J’avance lentement. Len-ta-men-te. Le poids sur mes épaules est insupportable.

 

La liste des choses que je risque de perdre: elle ne se forme pas dans la tête, non… Elle se révèle tout à un coup dans l'estomac. Longue et éhontée.

 

Et voilà: tout ce que je pensais pouvoir servir à me protéger, tout ce que j’attendais donnant sens à ma vie ... aujourd'hui est comme un GPS pour les tireurs d'élite de l’horreur.

 

Jours après jours, j’étais à la recherche sur la Toile de traces d'une humanité dans la peur, mais pas soumise. Je n’en ai guère trouvées. Mais là – on est d'accord – c’est encore la tête qui gouverne. Pour le bien et pour le mal. Et moi, je n’ai pas ma tête. Malheureusement, ou heureusement.

 

Je sors.

 

Étonnamment, ce sont mes oreilles qui me guident hors du couvre-feu.

J'écoute des bruits que je n’entendais pas auparavant ... Et ils sont musique. Maintenant.

 

Même le gars en train de percer le trottoir avec son marteau-piqueur dans un nuage de poussière. Musica.

 

Je découvre mes pas qui suivent les cris brisés, parfois hystériques, mais vitaux des enfants pendant la récréation à l'école derrière le coin. Musica.

 

Les claxons autrefois ennuyeux mais disparus pendant trois jours. Musica.

 

Une jeune femme, probablement de l’Europe de l'Est, jette trois sacs de litière dans une poubelle. Je pense aux chatons virtuels envoyés en peloton sur le Net pour dévier les terroristes. Et le plongeon dans la poubelle est aussi de la musique.

 

Il fait froid. Je me dirige vers un café à la Gare du Midi pour une soupe chaude et pour lire les journaux. Devant la porte, un soldat en tenue de camouflage, la mitrailleuse à la main. Mais il est le premier que j’ai vu aujourd'hui.

 

J’entre. La cafétéria est bondée. Le brouhaha habituel des langues donne le rythme à l'espace autour de moi pendant que je sirote ma soupe. Dans ma vision périphérique, j’entrevois trois policiers plaisantant avec les filles à la caisse. Et c’est comme si soudainement les uniformes s'effaçaient, faisant place à les sourires. Musica.

 

Avant d'arriver ici, je me suis arrêtée pour prendre en photo des messages collés sur des affiches commerciales. Probablement le travail des étudiants de l'Académie des Beaux-Arts toute proche. Certains messages utilisent l'image d'en dessous, en contraste avec le message collé sur elle.

 

Un, par exemple, collé au milieu d'un rendering d'architecture du type «quartier dans la verdure, non loin du centre et plein d'équipements sportifs en-plein-air et des gens heureux en promenade». Le message disait: “Et même qu’on se dit souvent, qu’on aura une maison avec des tas de fenêtres et presque pas de murs et on vivra dedans et il fera bon y être, et que si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être .ˮ 

 

Et c’est là, sur ce ‘peut-être’ que je me suis sentie, quand même escargot, mais un peu moins malheureuse de porter ma maison sur mes épaules. Viva la musica!

 

(Pat Lugo, 2015)

 

IT
Escargot

 

Bruxelles, 27 novembre 2015 --- Non ci sono con la testa. Non ho più la mia testa.

Mi sento come un’escargot. Procedo lentamente. Len-ta-men-te.

Il peso sulle spalle è insopportabile.

 

La lista delle cose che rischio di perdere non si forma in testa, no.

Si accrocchia tutt’a un tratto a livello del ventre. Lunga e impudica.

 

Et voilà: tutto ciò che credevo servisse a proteggermi, tutto ciò che pretendevo desse un senso alla mia vita... è come se fosse oggi un GPS per i tiratori scelti dell’orrore.

 

Per giorni cerco tracce di umanità impaurita, ma non rassegnata sulla Tela. Ne trovo eccome, ma là è ancora la testa che governa. Per il bene e per il male. E io non ho più testa. Purtroppo, o per fortuna.

 

Esco. A sorpresa, sono le mie orecchie a guidarmi fuori dal coprifuoco.

Ascolto rumori che non avevo sentito da un po’... E sono musica. Ora.

 

Perfino il tizio intento a perforare il marciapiede con il suo martello pneumatico in una nuvola di polvere. Musica.

 

Scopro i miei passi seguire le grida scomposte, a tratti isteriche, ma vitali dei ragazzini in pausa di ricreazione nella scuola dietro l’angolo. Musica.

 

I clacson una volta fastidiosi e spariti per tre giorni. Musica.

 

Una giovane donna, probabilmente dell’Est Europa, getta tre sacchetti di lettiera in un bidone dell’immondizia. Penso ai gattini virtuali spediti a plotoni in rete per sviare i terroristi. E anche il tonfo nel bidone è musica.

 

Fa freddo. Mi dirigo verso una caffetteria della Gare du Midi per una zuppa calda e per leggere i giornali. Davanti alla porta, un militare in tuta mimetica e mitraglietta alla mano. Ma è il primo che vedo oggi.

 

Entro. La caffetteria è affollata. La solita babele di lingue ritma lo spazio intorno a me mentre sorseggio la mia zuppa. Con la coda dell’occhio intravedo tre poliziotti scherzare con le cassiere ed è come se d’un tratto sparissero le uniformi e restassero solo i sorrisi. Musica.

 

Prima di arrivare qui, mi sono fermata a fotografare dei messaggi incollati sopra a dei manifesti commerciali. Opera, probabilmente, degli studenti della vicina Accademia di Belle Arti. Alcuni messaggi utilizzavano l’immagine sottostante, contrapponendola al messaggio incollato sopra.

 

Uno, per esempio, campeggiava in mezzo a un rendering architettonico del tipo ‘quartiere  nel verde a due passi dal centro e pieno di attrezzature sportive en-plein-air e gente felice a passeggio’. Il messaggio diceva: “Et même qu’on se dit souvent, qu’on aura une maison avec des tas de fenêtres et presque pas de murs et on vivra dedans et il fera bon y être, et que si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être .ˮ  (E anche se ci diciamo spesso, che avremo una casa con un gran numero di finestre e quasi senza muri, e che ci vivremo dentro e che sarà bello farlo, e che se anche questo non è così sicuro, è già in ogni caso un forse)

 

Ed è là, su quel peut-être che mi son sentita, ancora escargot, ma un po’ meno infelice nel portare la mia casa sulle spalle. Vive la musique!

 

(Pat Lugo, 2016)